Sages
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«Être intime avec soi-même», c’est ne pas s’illusionner sur soi-même et ainsi être capable de percevoir, instant après instant, le mécanisme de fonctionnement de ses illusions et de les éclairer. Dogen disait : «Les gens ordinaires s’illusionnent sur l’Eveil mais les bouddhas éclairent constamment leurs illusions». Éclairer ses illusions, c’est d’abord en prendre conscience ainsi que de son ignorance. Mais pour cela, il faut avoir la lucidité d’observer le fonctionnement de son esprit, instant après instant. Ne pas «être intime avec soi-même», c’est être mis en mouvement, être conditionné par des motivations inconscientes qui nous font parler, agir et dont la source nous est lointaine. On ne s’en rend même pas compte on ne se comprend pas soi-même, on ne sait pas pourquoi on agit ainsi. A l’inverse, «devenir intime avec soi-même c’est être capable de percevoir le moindre mouvement de son esprit au moment où il se forme. Cela permet de ne pas se laisser entraîner par un mouvement de l’esprit purement égoïste et illusoire. Ainsi on évite que cette formation mentale nous envahisse et nous contrôle à notre insu. Je compare souvent cela à une allumette jetée négligemment dans une forêt: cela commence à brûler un peu mais si par chance on passe par là, on peut l’arrêter immédiatement sans difficulté, par contre, si on laisse se développer ce début de feu, quelques minutes après. c’est incontrôlable. Pour notre vie intérieure, c’est la même chose.

L’autre aspect de l’intimité, c’est d’être intime avec la vacuité, c’est-à-dire avec le fait que l’on ne peut pas saisir un ego, un moi. Ce n’est pas simplement l’admettre comme une théorie, un point de vue bouddhiste sur la vie comme il est expliqué dans les Écritures ou les soutras mais c’est en être intimement convaincu par soi-même, que cela nous dirige, nous imprègne. Être intime avec soi-même, c’est devenir « un » avec cette dimension du non-ego.

Mains-meditation

Il y a un autre degré d’intimité avec soi-même, c’est d’être réellement « un » dans l’instant avec ce que l’on fait. Il n’y a plus soi et ce que l’on fait mais un corps véritablement « avec » (par exemple avec le zazen). Sinon, c’est encore de l’ordre de l’observation. La véritable intimité, c’est de laisser tomber même la position de d’observateur. C’est particulièrement possible en zazen et beaucoup moins dans la vie quotidienne. En zazen, il n’y a pas de décision à prendre, d’action à entreprendre, de parole à prononcer alors il est tout à fait possible de s’abandonner totalement à la pratique, d’être intime avec l’acte, d’être la chose elle-même, d’être l’objet de l’expérience. C’est la construction égotique de «soi-même» et la conscience à laquelle on adhère qui observe les choses d’un certain point de vue et c’est elle-même qui est abandonnée. Alors-là, c’est l’intimité des deux mains en gassho: plus de séparation, « un » avec, sans pensée, sans conscience d’être intime avec quoi que ce soit.

@ eveiletmoi.fr – Le champ de la vacuité – R. Rech

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