Sages
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Le Bouddha a dit : «J’ai quantité de bons remèdes, mais je ne peux les prendre pour vous. » Ainsi le maître zen ne fait-il que tendre des perches. Parfois, elles sont attrapées, parfois non.

Certains de mes étudiants arrivent dans un tel état de confusion, de dépit ou de douleur que, malgré leurs efforts, ils ne parviennent à en saisir aucune. Parfois, ils sont tout simplement ailleurs. À ceux-là, rares, je ne peux qu’annoncer qu’ils ne sont pas encore prêts à suivre la voie du zen. Qu’ils devront revenir dans quelques années et que je serai là pour les accueillir de nouveau.

Cette voie demande un engagement. C’est un devoir, une responsabilité que l’on contracte avec soi et pour soi. Dans notre tradition, on dit même qu’abandonner la Voie nous empêche définitivement d’atteindre en cette vie la Grande Sagesse de l’Éveil. La pratique du zen, c’est sauter à pieds joints en soi. Un aller simple, sans retour. Cela demande du courage.

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Je me souviens de la question inquiète d’un étudiant lors d’un entretien de kong-an :
« Maître Bon Yo, je pratique et suis les préceptes depuis plusieurs mois. Mais j’ai peur de l’engagement que cela représente. Pouvez-vous m’aider ?»
« Non, je ne peux m’engager à ta place. »

Une telle réponse est difficile à entendre. Mais je ne peux que cela: montrer la Voie.
Souvent, les disciples ne font que regarder le doigt qui montre. Ils ont la conviction qu’il y a un but à atteindre, tous leurs efforts sont tournés vers lui. Mais il n’y a aucun but à atteindre ! Tout est déjà accompli, tout est déjà par­fait. Ne nous attend qu’un long travail de dépoussiérage du miroir de la réalité que nous sommes. A l’origine, le miroir n’a ni forme, ni couleur, ni nom, ni valeur. Il est juste un miroir. Alors un oiseau passe devant le miroir : il y a l’oiseau. La tempête se déchaîne devant le miroir : il y a la tempête. Le soleil apparaît : il y a le soleil. Et pourtant le miroir n’est ni un oiseau, ni la tempête, ni le soleil. Voilà le chemin véritable à parcourir. Etre — sans s’iden­tifier à nos émotions, à nos pensées, sans s’installer dans la dualité de la pensée.

Mais l’image même du chemin est trompeuse. Car il n’y a rien à parcourir. En réalité, la Voie se trouve déjà sous nos pieds. Il n’est pas davantage question de reculer ou d’avancer que d’atteindre une fin. Il est simplement question d’être, de « s’asseoir dans l’Éveil parfait ». J’aime cette formule, elle désigne parfai­tement la méditation zen : juste s’asseoir. Juste chanter, juste se prosterner, juste manger, juste danser, juste faire l’amour, juste marcher. Qu’y a-t-il de plus vrai que le fait même d’être assis sur son coussin de méditation, ici et maintenant ?

Ce qu’un maître transmet est encore plus pur et mer­veilleux que ce que transmet une mère. Il ne s’agit pas d’enseigner une méthode, des techniques de concentra­tion déstressantes, des pratiques de relaxation ou je ne sais quelle autre gymnastique de bien-être, même spiri­tuel. Il n’y a rien à apprendre ni aucune étape à franchir. Dans toutes les pratiques formelles de notre école, il n’est question que de reprendre place dans l’ordre originel du réel. Le Dharma lui-même, la sagesse transmise par le Bouddha, large comme l’espace infini, est vide. Les pré­ceptes bouddhiques, transmis de maître à disciple, sont vides eux aussi. Il ne s’agit pas de les comprendre ou de les apprendre. Ce ne sont que des mots, des guides — des outils. Et leur pratique ne nous donne aucun mérite. L’Éveil est la voie de la libération, non de l’esclavage ; une soumission bigote et dogmatique au Dharma serait un poison pour l’esprit.

@ eveiletmoi.fr – Quand la fleur se fane, ou s’en va son parfum ? G Perl

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