Sages
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F. Lenoir - L'Odyssée du sacré[]

Pour le philosophe, l'expérience de la nature, dans son immensité, est une expérience éminemment spirituelle: «C’est ce que chacun peut ressentir, la nuit, en régardant les étoiles. Il n’y faut qu’un peu d’attention et de silence.» L'univers nous enveloppe et nous dépasse. Dans un sentiment d’union indissoluble avec le Tout et d'appartenance à universel, l'ego s'efface, et la paix intérieure surgit: Il y a de l'être, de la nature, de l'univers, et plus personne en nous pour avoir peur, ni même pour être rassuré, du moins plus personne, en cet instant-là, en ce corps-là, pour se soucier de la peur ou de la sécurité, de l’angoisse ou du danger !

Nul besoin de croire en Dieu pour faire cette expérience mystique, car, de toute façon, la question ne se pose plus en ces moments-là : « Le sentiment océanique n'appartient à aucune religion, à aucune philosophie et c'est tant mieux. Ce n’est pas un dogme, ni un acte de foi. C’est une expérience », affirme t-il comme en écho à ce que martelait Jung à ses détracteurs rationalistes. Lors de ces expériences, le temps semble aboli, il n'y a plus que le présent. Les pensées et la raison se taisent, il n y a plus que le réel, affirme-t-il : «Il y a, parfois, rarement, des moments de grâce, où l’on a cessé de désirer quoi que ce soit d'autre que ce qui est (ce n'est plus espérance, mais amour) ou que ce que l’on fait (ce n’est plus espérance, mais volonté), où l’on ne manque de rien, où l’on a plus rien à espérer, ni à regretter, où la question de la possession ne se pose plus (il n’y a plus d’avoir, il n'y a que l’être et l’agir), et c'est ce que j'appelle la plénitude.» Il ne s’agit, encore une fois, ni d’une compréhension ni d’une réflexion, mais d’une expérience, qui peut être vécue, explique le philosophe, en faisant l'amour, en admirant une œuvre d’art ou en contemplant un sublime paysage, Elle survient à condition que l'on soit pleinement absorbé par l’activité en question.

André Comte-Sponville parle de « mysticisme athée» ou d’« athéisme mystique ». Or le mystique se reconnaît non pas dans la croyance, mais dans l’expérience faite d’évidence, de plénitude, de simplicité, d’éternité... L'expérience mystique abolit la séparation entre soi et soi, entre soi et le monde, entre l'intérieur et l'extérieur, entre le je et le tout. Elle vise l'unité entre l’Absolu et le relatif. Ce qui revient à dire que l’Absolu n'est pas le but du chemin, mais bien le chemin lui-même, qui se vit au quotidien. Ce chemin mène tout naturellement à l'acceptation, puis à la libération; il s’agit de dire un «grand oui» à tout ce qui est, au réel et à sa vérité, explique-t-il à la suite du sage indien Swami Prajnanpad, dont il est un fervent lecteur. La vie spirituelle est la vie de l'esprit, à partir du moment où l’on parvient à se libérer de l'illusion du «moi» et de l'ego. «Lorsque tout cela disparaît, il n'y a plus de prison ni de prisonnier : il n’y a plus que la vérité qui est sans sujet et sans maître.» «C'est l'amour, non l'espérance qui fait vivre; C'est la vérité, non la foi, qui libère.»

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