Sages
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Ce qui suit est une transcription partielle de la vidéo : Lundi soir, le 24.05.21

Mots clés : Identification, Moi, Pensées, illusion


Transcription[]

(34,45) Quand je parle d'identification, c'est parce que le bouddhisme est vraiment une drôle d'approche on pourrait dire, étant donné que le bouddha va construire tout son enseignement sur une idée du non-soi, ce qui est quand même dingue, parce que la formule pour le coup est vraie, penser sans penseur, on peut avoir des pensées, il n'y a pas le sujet. En fait, si on est un peu radical dans la manière dont on explique les choses, on pourra dire qu'effectivement, il y a des pensées, il n'y a pas de penseur, il n'y a pas de sujet. Il n'y a jamais de sujet, il y a des actes, il n'y a pas d'acteur, ce qui est complètement hallucinant.

C'est presque pas possible de le concevoir au départ, pourtant ça devient concevable. Après quand on contemple vraiment, quand on observe vraiment, on va comprendre, mais au-delà de comprendre - pas comprendre, il n'y a pas besoin de comprendre tout de suite, ce qui est intéressant, ça veut dire que nous sommes, on pourrait dire, nous sommes un événement, tout le temps. Et donc on se rend compte que si justement, en restant, on reste avec la matière même de l'événement, l'événement lui, est transitoire, il n'y a que l'idée du Je qui est perpétuelle, toute l'identification est perpétuelle, ce qui est juste incroyable.

Je porte le même prénom Jean Marc, je vivais avec autant de réalité mon existence quand j'avais 15 ans que quand j'en ai 58, ya pas de problème, pourtant j'ai rien à voir, ni du point de vue de mes cellules, ni point de vue de ce que je fais, de qui je vois, bref ma vie n'a rien à voir, mais je suis toujours le même. Et en plus, je suis capable de faire un lien entre celui qui avait 15 ans et moi aujourd'hui, donc j'organise ma continuité d'une manière naturelle, j'ai même pas besoin d'y penser, elle s'organise.

Pourtant, si je suis vraiment ce que le Bouddha me dit, c'est difficile de penser qu'il y a vraiment quelqu'un qui est là tout le temps, c'est-à-dire, il y a l'illusion de quelqu'un qui est là tout le temps, oui plutôt, et dans le sens où il y a toujours des causes et conditions qui vont faire que, voilà ; j'existe. Simplement en restant, eh bien je suis en train simplement d'exister autrement, je n'existe plus dans la continuité. Alors oui forcément un peu, parce que je ne suis pas en train de me dire que je suis quelqu'un d'autre, mais j'existe d'une autre manière et il va falloir demeurer longtemps pour tout à coup sentir presque le plaisir d'exister d'une autre manière.

En général, une façon d'exister, c'est d'exister en rapport à nos pensées, voilà, je pense donc je suis. C'est pas du tout pour critiquer Descartes, c'était très intelligent sa formule, c'était une manière de mettre le doigt sur quelque chose d'illusoire justement, parce qu'il se posait la question de qu'est ce qui est réel, vu que tout était trompeur pour lui, tout était complètement illusoire. On ne pouvait pas faire confiance à la réalité, aux sens, aux émotions, etc non ! La seule chose qui lui semblait concrète et réelle, c’était le fait de penser, de ça il ne pouvait pas douter, vu que l'on était absolument sûr qu'il était en train de penser.

Donc on peut parfaitement utiliser ce départ pour dire, oui très bien, mais donc aller plus loin et se dire, voilà ce penseur là est complètement illusoire, mais en même temps, oui il n'y a que ça qui est vrai, entre guillemets. Le bouddhisme vient mettre des guillemets, parce que bien sûr, il n'y a pas de réalité absolue, tout cela est complètement transitoire, tout cela n'est que le résultat des causes et des conditions, vu que cette manière d'être Je, change en fonction des causes et conditions.

Si c'était toujours le même Je, ce serai toujours le même. S'il avait une essentialité, il serait toujours exactement le même, il aurait par exemple toujours les mêmes pensées, toujours les mêmes réactions, etc. Alors il y a des choses qui ressemblent, d'ailleurs ça nous arrange bien, parce que le fait qu'il y ait des choses qui ressemblent, ben oui, ça nous permet de, soit de développer une identification négative sur une identification positive, il y a des éléments qui ressemblent. Tous les jours on se voit dans le miroir, on se ressemble à peu près comme la veille, donc du coup on se dit que c'est nous, il n'y a pas trop de doute à ce propos.

Et le fait d'être ici, le fait de ne pas bouger, même de pas bouger dans le corps, le fait d'être là et d'une manière tellement différente, c'est une remise en question progressive de cette existence-là. Alors c'est pas juste parce que c'est agréable de remettre en question les choses comme ça, non ! C'est parce qu'on est toujours dans la perspective d'une libération, le bouddhisme peut pas se concevoir autrement que comme une voie de libération.

Il y a des formules dans les sutras très anciens, les premiers sutras qu'on a du Bouddha, finalement un bouddha, c'est quelqu'un qui observe la souffrance et qui enseigne le moyen de s'en libérer. Il n'y a pas d'autre chose. Donc en fait c'est pointer du doigt l'illusion dans laquelle on est attrapé, et dans laquelle on s'attrape nous-mêmes, c'est ce qu'on appelle Samsara, et voir comment l'on sort de ça. Donc on sort de ça, en ne bougeant pas, on pourrait dire, en créant cette condition du reflet, qui permet de voir ce qui se reflète à partir de ce calme mental, on est en train d'établir les conditions de la libération, on est en train d'établir quelque chose qui ne soit pas le personnage, pas complètement le personnage. Si là maintenant on était en train de poursuivre le personnage, rien ne changerait, mais quelque chose change, du fait de cette stabilité et parce que comme je l'ai dit avant, c'est l'image d'un corps qui se reflète, c'est l'image d'un Soi qui se reflète, à travers toutes nos pensées. Donc ça se reflète à nous-mêmes, donc on va prendre cette image pour nous-mêmes.

L'identification elle marche comme ça, on produit cette pensée et ensuite on s'identifie à cette pensée. Mais en fait cette pensée, c'est pour ça qu'on a vu il ya quelque temps en arrière, ce fameux champ de Milarepa qui dit, médite comme le ciel. En fait il parle de l'esprit évidemment, c'est vraiment une manière de dire, mais tout ce que tu vas voir se refléter dans cet espace, dans ce ciel, c'est toujours en l'espace, c'est jamais autre chose, alors que nous on le prend pour autre, c'est un jeu subtil, on le prend pour une pensée, mais en même temps cette pensée, elle nous rend service, en tout cas au Je, pour qu'il puisse s'identifier. C'est ma pensée ! Donc il y a une appropriation constante de ce Je là.

Donc le fait de demeurer, c'est une désappropriation, très souvent j'ai entendu lama Teunsang dire : ne devient pas propriétaire ! À l'égard des pensées ! Si tu deviens propriétaire de tout ce qui se passe, alors tu peux pas développer le calme mental. Donc il y a vraiment une désappropriation, mais au sens de propriété. Mais si ça c'est illusoire, si on voit le reflet pour un reflet par exemple, ya pas tellement de raison de croire que c'est un corps, c'est une image de corps, un reflet, c'est pour ça qu'on a besoin de le voir, on a besoin de cette surface réfléchissante pour se rendre compte que c'est un reflet. Si on ne se rend pas compte que c'est en reflet, si on ne se rend pas compte de la nature des phénomènes mentaux, on va continuer à s'identifier, aux phénomènes mentaux évidemment, on va exister à travers tout ce qui nous fait exister, tout le temps.

C'est pour ça que tout l'entraînement bouddhiste, si on regarde dans le bouddhisme ancien, cette réflexion sur les cinq agrégats, qui sont les cinq groupes d'agrégats, 5 ensembles d'éléments constituants, qui constituent un agrégat, un ensemble de constituants psycho-physique, le Bouddha dans tous les soûtras anciens, nous dit très bien, si on regarde dans chacun de ses constituants, on n'est pas, on n'existe pas à l'intérieur de cela, on ne trouve pas le Je à l'intérieur de ça, aucun. Il n'y a aucune identité, comme on l'imagine, une identité qu'on peut circonscrire, qui est autonome.

Et c'est donc en méditant comme ça, en existant d'une autre manière, en restant, c'est un premier pas absolument nécessaire, pour que petit à petit quelque chose se fluidifie, un Je se fluidifie, le jeu des phénomènes mentaux peut commencer à se faire sans qu'on ait absolument besoin d'être impliqué dans ce jeu. Ça peut sembler très simple, c'est vrai que c'est finalement assez simple quand on l'explique, mais bon, après quand on regarde la force de ce jeu dans lequel on est pris, qui est le jeu du Je, on est bien d'accord, c'est d'une immense puissance, on s'en sort pas comme ça, même quand on fait cet exercice.

Encore une fois rappelons-nous, l'idée c'est clairement de pouvoir se libérer. Le Bouddha, quand il réalise l'éveil, il réalise l'Anatman, il réalise le non-soi, le non-soi de son individu, mais le non-soi soit de tous les phénomènes sans aucune exception, c'est cette réalisation du non-soi qui va avec l'éveil, donc c'est pas juste une idée …

Voilà, il y a d'autres personnes qui proposent un travail, des approches qui peuvent être extrêmement proche du dharma et il y a toujours, que ce soit dans l'Advaita Vedanta ou dans d'autres traditions ou dans d'autres travaux où approches très contemporaines, il y a quand même cette compréhension qui nous amène à penser, mais que serions-nous sans nos pensées justement ? Est-ce qu'on peut exister autrement que ce qui nous sert de référent, c'est pas si simple en fait, mais c'est quand même nécessaire, ya pas à vouloir pas exister, mais d'essayer d'exister autrement, comme maintenant, pour exister un peu moins comme on en a l'habitude.

Proposition de méditation[]

Prenez votre posture de méditation, laisser se calmer le mental un instant. Observez les pensées qui surgissent ? Y a-t-il quelqu'un qui les pense ? Avez-vous décidé, choisit de penser ces pensées ? Est ce que ce sont vos pensées ? Ou celles du voisin ? Avant que je vous pose la question, y a-t-il quelqu'un qui médite ? Et après ? Je vous embrouille, je sais … Qui est embrouillé ?

Références[]

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