Sages
Advertisement

Ce qui suit est une transcription partielle de la vidéo : Lundi soir, le 23.1.23

Mots clés : Calme mental, Je, Pensées, illusion


Transcription[]

(10,50) Le contexte d'ailleurs classique de la pratique du calme mental, mais qui bien sûr, ne vise pas à l'obtention du calme mental en lui-même, on est bien d'accord, mais qui vise à terme de pouvoir reconnaître les phénomènes tels qu'ils sont, reconnaître leur nature tout simplement, pour passer à travers le prisme de nos voiles, de nos interprétations, de nos discours, etc, pour pouvoir être en rapport à la fois avec soi, mais aussi avec les choses, avec les phénomènes.

Alors là je parle de rapport avec soi, en termes classiques bouddhistes, on parlera de réaliser le non-soi de l'individu et le non-soi des phénomènes. Mais en fait, ce non-soi de l'individu et le non-soi des phénomènes, ça signifie que nous ne sommes pas alors dans la perception étriquée, limitée du Je, c'est ce qu'on appelle le non-soi, on n'est pas simplement en train d'être dans le mode de perception du Je, celle que l'on connaît d'ailleurs, au départ on ne connaît que celle-là, la plupart du temps, on est tout le temps pris dans cette dualité d'un sujet qui perçoit, tout le temps.

Et donc réaliser le non-soi, ça veut pas dire qu'on disparaît, souvent on peut penser à ça, quand on entend le non-soi, comme si le but du bouddhisme, ça serait de faire hop, et on est plus là, hop on a totalement disparu, évidemment on n'a pas disparu, on ne rappellera jamais assez que le Bouddha, une fois qu'il a réalisé l'éveil, il a continué à parler en tant que Je, et à parler pendant 40 ans. C'est-à-dire il a enseigné le dharma, donc il a agi dans la compagnie des humains, à ses frères et soeurs, de manière complète, totale, sans jamais se dire qu'il n'était pas de ce monde, ou qu'il n'existait pas et qu'il n'y avait pas d'interaction.

Pour nous, on arrive mal à le comprendre d'ailleurs, on est tellement manichéen sans même s'en rendre compte, même si on dit non, moi je ne suis pas manichéen, mais n'empêche qu'on a beaucoup de peine à pouvoir associer un état qui serait donc le non-soi, c'est-à-dire la non-existence du Je, une disparition du Je, et en même temps un Je qui parle. Pour nous, on comprend pas ! C'est normal qu'on comprenne pas d'ailleurs, c'est intéressant qu'on comprenne pas, ça reste énigmatique. Il faut que ce soit assez énigmatique pour avoir envie de le comprendre.

Donc il y a quelque chose de l'ordre du Koan là-derrière. Comment est-ce qu'on peut être un Je qui réalise son absence ? Drôle de chose tout de même. Mais en même temps, c'est cohérent par rapport à toute la démarche bouddhiste, c'est-à-dire que cette démarche méditative, pratique, quand je dis pratique, ça englobe toutes les possibilités de pratique qu'on veut, il y en a une infinité, ça va du pèlerinage à la réalisation de petits moules, bon bref, on peut tout imaginer comme pratique, en plus les Tibétains ils sont très très forts, il y a une collection infinie de pratiques possibles, toutes ces pratiques visent quand même à terme cette réalisation du non-soi de l'individu et du non-soi des phénomènes. Elles ne visent pas tellement autre chose, ni à devenir spécialiste d'un rituel quelconque, ni à devenir particulièrement érudit dans les textes. L'idée, c'est quand même d'une réalisation profonde, immédiate, de notre nature et de la nature des phénomènes.

Donc la pratique du calme mental, aidée par toutes les autres pratiques que l'on peut faire, comme là maintenant le refuge, boddhicitta, tout ça intervient aussi bien sûr, la pratique du calme mental, elle va nous sensibiliser à cet espace difficilement défini, mais qui serait l'Anatman, le non-soi, comme le non-soi des phénomènes. Alors sensibiliser, dans le sens juste nous ouvrir, mais nous ouvrir, ça veut dire déjà nous ouvrir à la dimension fantasmagorique du Je, en fait, ça veut dire prendre contact avec cette dimension narrative sans laquelle on n'existerait pas. On existe à travers un récit, toujours, mais ce récit, il est sans cesse en train d'être construit, sans cesse en train d'être tissé, élaboré dans l'instant même, tout le temps.

En faisant du recyclage évidemment, vu que notre histoire, on la connaît, donc on recycle sans arrêt les éléments constitutifs de notre propre histoire. On en invente d'autres à partir de quelque chose qui est recyclé. Alors recyclage, c'est une drôle de manière de le dire, mais finalement c'est assez Abhidharmique comme manière de voir, je précise, du point de vue de l'Abhidharma, il n'y a de surgissement de pensées possible que sur la base d'une préexistante, donc c'est du recyclage. Alors c'est une manière un peu humoristique, mais dans le sens où on ne peut pas imaginer le surgissement d'une pensée sans quelque chose qui vient inciter son surgissement et en général, ce qui vient inciter son surgissement, c'est une précédente pensée et qui a déjà disparu.

Donc tout cela donne lieu à la compréhension de l'instantanéité. En clair ça veut dire que nous sommes dans un film à 24 images seconde. Donc l'illusion du mouvement est rendue possible par la présence de ces différentes images. Nous sommes dans du 24 images seconde ou du 30 ou n'importe mais l'illusion du mouvement, donc l'illusion de l'histoire, de la narration, elle est rendue possible par la collection des instants, ces instants surgissant, disparaissant.

Chaque fois quand dans la tradition Indo-Tibétaine, quand on étudie l'Abhidharma, c'est entre autres l'Abhidharmakosha et qui est le grand texte de Vasubandhu sur l'Abhidharma, où l'on parle justement de cet instantanéité, tout ça c'est juste des éléments un peu théoriques, mais pour ramener à notre pratique, c'est-à-dire a une pratique d'observation de cet instantanéité, tout simplement. C'est être en contact avec les choses telles qu'elles sont, mais être en contact avec les choses telles qu'elles sont, ça veut dire rentrer dans l'histoire, pour donner une image, rentrer dans l'histoire au niveau de la 24e image par seconde, c'est se rendre compte de la réalité saccadée du récit. On y rentre suffisamment pour percevoir cette suite, en quelque sorte, comme un ralentissement, comme si la pratique méditative nous permettait de ralentir, ralentir par la qualité d'observation, on ralentit le flow.

Attention, ça veut pas dire que le flow va ralentir, et ça veut pas non plus que le but, c'est de ralentir le flow, mais c'est notre regard qui nous donne l'impression de ralentir le flow. Il n'y a pas d'intention de manipuler le flow, le flot, ce sont les productions des phénomènes mentaux, c'est pas une intention de venir manipuler ça, c'est une observation qui change, pas tellement la nature du flow, la nature est la nature du flow, mais qui change la manière dont il se déroule, un peu comme si on était moins pris dans l'histoire. Donc du coup, tout cela nous permet de, petit à petit, s'approcher de la nature véritable des phénomènes, donc ce fameux non-soi.

Et le grand paradoxe qu'on vivra un jour quand on aura réalisé le non-soi, c'est que le non-soi n'est pas une absence, au contraire c'est une présence, donc en fait, en cultivant déjà maintenant, en se familiarisant à cette dimension, même si ça semble énorme, se familiariser à la nature du non-soi, mais d'une certaine manière, en cultivant cette qualité de présence, ça permet, petit à petit, de faire exister des éléments qui peuvent apparaître comme disparates, mais qui sont des éléments de sagesse à l'intérieur de la confusion. C'est-à-dire, il y a des qualités d'observation de cette confusion, de cette narration, qui petit à petit peuvent prendre place, et se faire jour en nous-mêmes.

Et donc là c'est une forme, on pourrait dire, de familiarisation pédagogiquement et extrêmement intéressante parce que le fait de rester, le fait d'être là avec soi-même, c'est justement être là avec qui donc ? Être là avec soi-même, c'est une connaissance meilleure, plus fine, de ce soi-même. Et du coup, on approche ça. Le paradoxe du Je, c'est que plus on l'approche, plus on découvre son inexistence, sa non-réalité et sa non-réalité, ça veut pas dire son absence.

Voilà ça c'était simplement pour se mettre en route ! Se mettre en route pour faire que la pratique, ça soit aussi un moment d'écoute, en fait. L'idée de la présence est aussi une écoute, c'est-à-dire une présence à soi, c'est pas un soi comme quelqu'un que je devrais absolument connaître, c'est présence à soi tel que c'est, complètement tel que c'est, et tel que c'est à l'instant même.

On peut très bien être présent, en se disant, c'est dingue, j'arrive à être présent à l'égard de rien du tout, comme si j'étais juste totalement absent à moi-même, ok donc c'est ça moi-même, et c'est chaque fois juste, je suis totalement distrait, ok c'est ça ! Je suis pas distrait, ok c'est ça ! Et d'une manière presque radicale, sans que jamais on dévie de cette présence, présence à ce qui est, pour couper complètement le cours à l'élaboration volontaire du récit. Le récit on laisse se faire, le film, il est bon, il est pas bon, c'est complètement égal. On a pris notre billet d'entrée, on est installé dans la salle, donc on quitte plus l'endroit, on est là, on est sur notre fauteuil et on est un spectateur passionné, même si le film est complètement nul, et c'est radical. C'est-à-dire que nous sommes profondément intéressés par ce cinéma, toute notre passion, toute notre curiosité, toute notre intelligence est mise au service de cette présence, tout simplement. On cultive cette folie extraordinaire finalement, cette curiosité sans limite. Il en faut de la curiosité pour tous ces méditants qui vont passer des années dans une grotte, juste eux tout seul avec la grotte. Il faut une grande curiosité dans cette présence, pour que tous les jours, on y revienne, il faut être totalement passionné par le film, il ne faut pas que le film soit passionnant, il faut que nous soyons passionnés par le film.

On peut largement se dégager de l'injonction comme quoi nous devrions être le héros d'un film passionnant, on peut se permettre d'être exactement ce que l'on est, quelle que soit la façon dont l'oeil critique avec lequel on regarde à l'habitude de noter le film sur une échelle de 1 à 10. Complètement égal ! C'est pour ça que je parle d'un grain de folie, parce que ça veut dire que cette passion pour le cinéma fait que, même ce qui pourrait être vu comme un navet total, c'est aussi bien qu'un chef-d'œuvre, c'est toujours intéressant, toujours, donc du coup parce que c'est toujours intéressant, il y a plus ni chef-d'oeuvre, ni pas de chef-d'oeuvre, il y a juste quelque chose à observer, tout le temps.

(25,18) Donc voilà et tout ça, c'est aussi pour nous aider à nous mettre dans cet état d'observation, et qui est pas que l'observation, c'est à la fois la présence, à la fois l'observation, c'est les deux à la fois, et c'est fondamentalement déjà une chose qu'on peut faire ...

(...)

(1,24,57) Alors après, il y a l'explication qui a donné l'absence de dualité, c'est-à-dire que la réalisation même, c'est le fait de réaliser qu’à la fois, ce qui saisit et ce qui est saisi n'existe pas. En clair ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la conscience qui se prend pour un Je, et qui se prenant pour un Je, attrape des choses, donc cette forme de dualité, ce qu'on appelle le saisissant et le saisi, on pourrait dire, les deux n'existent pas. Plus exactement, les deux sont complètement illusoires, parce que si par exemple, admettons que le Je ne puisse rien saisir, il ne pourrait pas exister, dans le domaine relatif. Pour le dire autrement, il faut attraper quelque chose pour se sentir exister, du point de vue de la logique du Je, s'il n'y a rien qui est saisi, la conscience, c'est comme si elle ne savait pas comment exister, ça veut dire que le saisissant et le saisi, les deux sont illusoires.

(1.26.16) C'est pour ça qu'en fait, à la fois porter son attention sur ce qui est saisi, ou porter son attention sur cela qui saisit, ça revient à se libérer de cette forme de dualité, qui est purement imaginaire. Le serpent dans la corde, c'est la dualité purement imaginaire.

(Martine qui demande si on peut rapprocher cela de la maxime de lodjong : "considère tous les phénomènes comme un rêve".)

Oui bien sûr, mais c'est pas seulement ça, la deuxième instruction c'est : considère tous les phénomènes comme un rêve, mais ensuite ça va jusqu'à la 6e instruction, il y en a 59, et puis on se rend compte aussi que laisse l'antidote se dissoudre, on pourrait dire dans sa nature même, c'est-à-dire, se résorber en sa propre place ou en son propre lieu. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'au départ, oui on peut percevoir les phénomènes comme un rêve, oui bien sûr, ça c'est vu comme l'antidote, l'antidote à la réification des choses, mais l'antidote elle-même, elle est libre d'existence propre, mais bon bref (...)

(1,28,00) Mais là où on peut faire simple, ce qui est pas une simplification excessive, c'est simplement revenir au jeu, au jeu qu'on entretient tout le temps, c'est-à-dire cette curiosité-là et la méditation permet cette curiosité, ça permet d'explorer justement comment ça se construit, c'est cette observation qui nous permet de mieux comprendre ces fameuses questions. Il y a un théâtre pour le dire simplement, il y a un théâtre dans lequel nous sommes complètement impliqués, mais on est complètement impliqué dans ce théâtre-là à la fois comme acteur et comme metteur en scène, et comme écrivain de la pièce, on joue tous les rôles dans cette affaire-là, on est suffisamment investi pour construire un théâtre, on participe à tout dans cette fiction.

Donc là, c'est un peu une simplification, mais pour dire que cette curiosité méditative qu'on cultive en étant là, parce que sinon, bah franchement on est assis sans rien faire, pourquoi on serait assis sans rien faire ? Donc on pourrait se lasser aussi, si on peut méditer toute une vie, c'est parce qu'on peut être curieux de ça toute une vie, tout le temps, il n'y a pas de limite à cette curiosité, à cette observation, pour qu'effectivement on puisse comprendre quelque chose qui résultera de l'observation. Et ce qui va résulter, c'est qu'on peut passer à travers cet aspect illusoire, c'est-à-dire découvrir quelque chose qui est notre véritable nature, mais toute cette quête, cette recherche, cette dimension spirituelle, c'est ce qui donne son sens à l'existence, un peu comme si l'existence nous permettait de la questionner, et donc de la découvrir aussi, de découvrir son sens.

Mais oui, cette curiosité nous amène à contempler les phénomènes comme un rêve, simplement, il faut toujours se souvenir que dans le rêve, c'est pas seulement le rêve qui est illusoire, c'est celui qui rêve dans le rêve qui est illusoire. C'est pas seulement le tigre dont on a peur dans notre rêve qui est illusoire et on se réveille le lendemain matin en se disant, ouf ! C'était qu'un rêve ! Ce qui est le rêve aussi, c'est qu'il y a une partie de nous qui peut imaginer être dévorée par un tigre, donc le rêveur à l'intérieur du rêve et ce qu'il rêve, les deux sont illusoires.

Nous quand on se réveille le matin, on se dit ouf, le tigre n'existait pas ! Mais on n'est pas en train de se dire que le rêveur n'existait pas. Donc considérer les phénomènes comme un rêve, c'est d'une part se souvenir que le tigre de la nuit passée n'existait pas, il a existé durant le rêve mais son existence est totalement illusoire, mais celui-là qui a imaginé se faire dévorer par un tigre, celui-là aussi n'existait pas.

Et il n'y aurait personne qui puisse s'imaginer être, il ne pourrait pas y avoir de tigre, s'il n'y avait personne qui s'imagine pouvoir être dévoré par un tigre. Donc le tigre donne raison à l'existence imaginaire de celui qui s'imaginait, qui s'imagine pouvoir être dévoré par le tigre.

(1.32.53) Ok, je vous souhaite de faire de beaux rêves ...

Advertisement