Sages
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Ce qui suit est une transcription partielle de la vidéo : Mercredi matin. Le 12.05.21

Mots clés : Moi, Je, Le récit

Transcription[]

(Min 29,09) Une chose qui peut être vous arrive, il est possible qu'il y ait des pensées qui s'élèvent en vous, si c'est le cas, il est possible aussi que vous constatiez que vous soyez en train de penser, en tout cas moi, c'est ce que je constate, que j'ai des pensées qui s'élèvent et ensuite hop, une réflexion qui commence, une espèce de chaîne de pensées qui est en train de se produire.

On pourrait dire que ça, c'est un récit, c'est pas un récit très bien construit, c'est pas un récit qu'on écrit, auquel on réfléchit, on est dans un autre temps du récit, on n'est pas dans l'élaboration d'un récit ou d'une imagination, on est plutôt dans quelque chose qui est de l'ordre, on pourrait presque dire un récit naturel, dans le sens, relativement spontanée.

Même si ça n'a strictement rien de spontané, étant donné que c'est particulièrement conditionné, mais ça apparaît d'une manière spontanée, on n'y pense pas et quelque chose se produit. Donc il y a des pensées qui se produisent. Évidemment ça a l'air aléatoire et hasardeux, ça ne l'est pas étant donné que nous ne pensons pas quelque chose qui ne nous regarde pas. Ce flot des pensées, c'est le nôtre, il n'est pas celui de quelqu'un d'autre.

Donc il est le nôtre et du fait qu'il soit le nôtre, c'est justement pas un hasard du tout, c'est en cela que ce n'est pas aléatoire. Nous avons les pensées qui sont liées à notre Karma, c'est-à-dire a notre conditionnement. Bref, pour dire qu'il y a quelque chose qui nous concerne vraiment dans ce discours naturel qui surgit de lui-même et quand on observe les phénomènes mentaux, c'est peut-être le constat que vous faites, il y a donc une suite, c'est cela que l'on peut appeler un récit. Ce récit, c'est comme un fil, on est entraîné par ce récit, on attrape le fil, hop on part avec et puis à un moment donné, on en prend conscience et puis éventuellement on arrête.

Ou on n'arrête pas, en général on n'arrête pas, c'est-à-dire qu’on est pris naturellement, on est sans arrêt en train de vivre psychiquement quelque chose qui est en rapport avec le réel, avec ce que l'on perçoit et c'est là l'idée et c'est ce que l'on peut tenter de faire à ce moment-là, c'est très simple, c'est un peu comme si on lâchait la corde, on lâche le récit.

Alors c'est à la fois très simple et pas du tout simple, parce que justement, ce que l'on peut constater, c'est qu'en fait nous existons fondamentalement … qui existe fondamentalement en rapport au récit ? Ce Je, le vôtre, le miens, notre Je, on a chacun un Je, ce Je existe, il est intimement lié à ce récit.

Il ne peut pas y avoir de Je ailleurs, un Je existe toujours dans l'identification. Ce qui participe à cette identification est extrêmement large, le corps participe aussi à l'identification, les choses perçues, une foule de choses, mais cette foule d'éléments, de facteurs différents et de nature différente aussi, physique, psychique, donc il y a énormément de type d'élément, tout cela s'agrégeant, et à partir du moment où ils se sont mis ensemble, une forme de coagulation, il y a quelque chose qui devient tangible, qui devient fixe, c'est l'histoire du Je.

Donc voilà, nous existons à travers un Je, un Je qui n'existe pas sans un récit. Il n'y a pas de Je sans récit, il n'y a pas de Je sans histoire. Nous avons une histoire, nous écrivons une histoire, nous sommes prisonniers de l'histoire, et en même temps, nous sommes celui-là, celle-là même qui écrit l'histoire. C'est l'idée simplement de prendre conscience qu'on ne peut pas exister sans un récit.

Ça a d'autant plus un intérêt par rapport à l'exercice méditatif, parce que l'exercice méditatif peut être l'endroit, ou on ouvre un espace, c'est ce que l'on fait, ça peut être l'endroit où le récit se défait ou plus exactement où le récit se détend, se défaire c'est déjà beaucoup, déjà se détendre, une détente c'est pas mal, ça veut dire qu'on lâche le fil.

Alors pas tout le temps mais on peut lâcher le fil, c'est-à-dire qu'on est en train là de méditer, on est là justement dans cette attitude un peu bizarre qui consiste à simplement être là, et puis les pensées arrivent. Il peut y avoir suffisamment de lucidité, une lucidité naturelle, qui fait que l'on sait qu'on est en train de penser. Donc on pense, mais l'exercice même de la pensée est perceptible. Donc on le sait, on le repère.

Alors après, il peut y avoir juste s'entraîner à repérer d'autant plus, d'autant plus vivement, et lâcher le récit et revenir simplement là. On lâche le récit, on revient. Et là on entraîne quelque chose de très profond, de très différent, on entraîne quelque chose que l'on n’entraîne jamais, parce que ce que l'on entraîne toujours, c'est d’être dans le récit tout le temps, il n'y a pas un seul jour ou nous ne sommes pas dans notre histoire, on se raconte cette histoire à nous-mêmes et on raconte cette histoire aux autres, tout le temps. Donc là c'est un peu comme si l'on ne se racontait pas d'histoires. Consciemment, on ne se raconte pas d'histoires.

On ne se force pas, c'est simplement qu'on lâche le fil, et c'est comme si on revenait a une forme de simplicité. On revient à la page blanche, avant les mots, d'une certaine manière. C'est bien sûr des images, il y a bienfait immense, parce qu'avant le récit, il y a la liberté, beaucoup de liberté. Dans le récit, y a pas la liberté. Alors, à nous d'observer aussi, en quoi il y a quelque chose de contraignant dans le récit, c'est pas toujours évident. Pourquoi ? Parce que le récit nous sert aussi de revendication, c'est toutes nos luttes, tous nos points de vue, tout ce que l'on défend, existe à l'intérieur du récit, tout le temps.

Ce qui m'embête beaucoup, c'est que je vous raconte tout ça comme si j'en étais libre, pas du tout, je pense que je vous le raconte d'autant plus, parce que je me rends compte combien j'en suis prisonnier, c'est parfois atterrant, c'est juste incroyable, voilà c'est comme ça, ça fait aussi partie de notre vie très ordinaire, elle nous apprend énormément de choses.

Je pense que c'est important de le dire, c'est pas juste une preuve de modestie, je ne sais pas ce que je suis en train d'essayer de vous prouver, ça a à voir au fait que notre expérience, le côté extraordinairement ordinaire que nous sommes est un apprentissage, une source d'apprentissage absolument extraordinaire, presque beaucoup plus intéressante que nos performances, nos performances, elles peuvent être remarquables d'accord, mais ce que nous sommes, juste ça, c'est quand même très intéressant.

Parce que justement, il n'y a pas de cartographie du Je, il n'y a pas de compréhension du Je, hors de ce que nous sommes. Comprendre le Je, oui, comprendre ce que nous sommes, ça c'est extraordinairement passionnant. Le dharma ne parle pas d'autre chose, le dharma ce n'est pas une théorie sur le Je. On est dans une expérience, dans une expérience la plus brute, la plus crue d'une certaine manière, tel qu'on est.

Voilà donc c'est juste pour tenter, alors j’espère que j'y parviens, parce que ce serait bien quand même, que je parvienne à vous faire sentir et comprendre l'importance qu'il y a cet exercice qui consiste à s'observer vraiment dans ce qu'on a de moins élaboré possible, et de voir la puissance, la force du récit, et de voir aussi la liberté qu'on peut avoir à lâcher le fil du récit.

Mercredi matin. Le 12.05.21 - https://youtu.be/bbIpa_1NQR4


Proposition de méditation[]

Après vous être posé en méditation et avoir obtenu un peu de calme mental, mais pas trop, pouvez-vous observer ce récit qui se met en place de façon assez systématique ? Qu'est ce qui le déclenche ? De quoi est-il fait ? Combien de temps (de pensées) dure t'il ? Pouvez vous lâcher le fil, et revenir au calme mental ? Ces pensées sont les vôtres, elles ne parlent que de vous. Qu'essayent t'elles de vous dire, que peut être vous ne voulez pas voir ? Sont elles répétitives, quels sont les grands thèmes que vous pouvez en dégager ? Entraînez vous à revenir, à lâcher le fil du récit. Qu'est ce qui est le plus confortable (et non le plus facile), être dans le récit ou observer le récit et revenir ? Que la méditation vous soit profitable.

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